Marcel Duchamp: Les Ready Made


Roue de vélo de Duchamp,
Source: flickr

A la Tate Modern, l’exposition “Duchamp, Man Ray, Picabia” dure jusqu’au 26 mai 2008.
Elle met en avant l’affinité entre les trois hommes (figures de proue du mouvement Dada) et leur manière similaire d’aborder l’art et de dériver le support artistique dit traditionnel.

Elle nous présente différents travaux par thèmes qu’ils ont, chacun leur tour abordé, comme entre autre la machine, le mouvement, la lumière, l’érotisme ou l’objet.

C’est sur ce dernier thème que j’aimerais m’arrêter. Un thème plus particulièrement cher à Duchamp, inventeur des ready-made, et j’aimerais profiter de l’occasion pour vous faire partager quelques lignes d’un petit livre que j’ai trouvé par hasard le mois dernier au MAMCO de Genève.

C’est un interview de Marcel Duchamp faite le 21 Juin 1967 (un an avant sa mort), par le journaliste Philippe Collin dans lequel l’artiste parle de ses Ready Made: de simples objets qui deviennent œuvres d’art par le simple choix de l’artiste et au travers desquels Duchamp valorise l’idée au détriment de la technique.

L’exposition de la Tate met en avant cette importance de l’objet dans le travail de Duchamp, et pour cause, les ready-made ouvrent une nouvelle ère artistique! Ils ouvrent une voie direct à l’art contemporain…

Dans le guide de l’exposition on peut lire “Duchamp set himself the challenge of making art works that were not works of art; in the process he changed traditional undersatanding of what constitutes art.” (“Duchamp s’est lancé le défi de faire des œuvres d’art ce qui n’en était pas; dans le processus il a changé la compréhension traditionnel de ce qui constitue une œuvre d’art”.)

C’est a dire que les ready-made portent en eux la question fondamentale de la définition même d’une œuvre d’art!

L’œuvre emblématique qui illustre bien les ready-made de Duchamp est une pièce intitulée “Fontaine” . Un urinoir en faïence blanche, portant la signature « R. Mutt 1917».
Créée en 1917, c’est seulement à la fin des années 1960 que “Fontaine” est reconnue comme une œuvre d’art ouvrant ainsi la voie à une multitude d’artistes et de courants (Pop Art, Art Conceptuel…)
“Fontaine” aujourd’hui exposée dans plusieurs grands musées est une icône de l’art du XXe siècle.

Il est intéressant d’écouter Duchamp parler de ces ready-made au moment même ou ils sont reconnus comme artistiquement crédibles par le monde de l’art, alors que son tout premier ready-made date de 1913 (une roue de bicyclette mise sur un tabouret), c’est a dire cinquante ans auparavant!!

Je vous laisse découvrir quelques extraits de l’entretient que j’ai sélectionné et que je trouve significatifs pour bien comprendre ce que Duchamp entend par ready-made:

Marcel Duchamp: ” [Ready Made] Ca veut dire “tout fait”[...] Il y a toujours quelque chose de tout fait dans un tableau: vous ne faite pas les brosses, les couleurs, la toile. En allant plus loin, en enlevant tout même la main, on arrive au “ready made”[...] Ce que je fais, c’est que je signe, simplement, pour que ce soit moi qui les aie faits [...] ca semble drôle mais c’est une conséquence naturelle, en allant au bout du raisonnement.”

Le journaliste Philippe Collin cite la phrase d’André Breton: “Un ready made est un objet manufacturé, promu à la dignité d’objet d’art par le seul choix de l’artiste”
Réponse de Duchamp: ” C’est entendu: par le choix de l’artiste. Mais c’est toujours le choix de l’artiste. C’est un choix d’objet. Au lieu de le faire, il est tout fait. Ce choix évidemment, dépend des raisons pour lesquelles vous choisissez. Là, c’est une question assez difficile à expliquer: au lieu de choisir quelque chose qui vous plaît ou quelque chose qui vous déplaise, vous choisissez quelque chose qui n’a aucun intérêt, visuellement, pour l’artiste.

Autrement dit arriver à un état d’indifférence envers cet objet. A ce moment-là, ç devient un ready made. Si c’est une chose qui vous plaît [...] c’est esthétique [...] on met ça dans son salon. Ce n’est pas l’intention du ready made.”

MD: ” Je suis un peu inquiet quand il n’y a plus rien que cet effet rétinien. Je suis contre et c’est pour ca que je n’aime pas beaucoup les tableaux abstraits, parce que ça ne cherche pas autre chose qu’à me plaire sur la rétine.”

MD: “[Un ready made] ne doit pas être regardé, au fond. Il est là, simplement. On prend notion par les yeux qu’il existe. Mais on ne le contemple pas [...]“

MD: [la présentation d'un ready made]. ” Ce n’est pas très important. Ils n’ont pas de destination absolue [...]“

PC: “Ces ready-made, qui se veulent finalement en réaction contre la notion d’objet d’art classique, sont finalement “consommés” dans des musées.”
MD: ” : ” Il y a une contradiction absolue, mais c’est ca qui est agréable, n’est ce pas! C’est d’introduire l’idée de contradiction, la contradiction qui est une chose, justement, qui n’a jamais été assez exploitée, comprenez-vous.”

MD: ” Pendant une période de trente ans personne n’en à parlé, ni moi non plus.”
PC: ” Pourquoi on en parle maintenant?”
MD: ” Ils ont probablement trouvé qu’il y avait quelque chose de plus qu’une anecdote, ou une fantaisie d’un artiste un peu fou, vous comprenez. Je ne suis pas fou du tout, vous savez!”

… A méditer!

Voir mon post sur “Duchamp et le portrait”

Pour en savoir plus vous pouvez consulter:
- La définition des ready-made
- La biographie de Marcel Duchamp
- “L’œuvre de Marcel Duchamp” sur le site du Centre Pompidou

~ par catherinemembre le 17 mars 2008.